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Je ne connaissais la Critique de la raison pure que par de médiocres analyses, et j’avais à peine entendu parler de Hégel, lorsque, préoccupé d’idées trinitaires, je construisais le système dont je viens de rapporter la partie fondamentale. Ce fut pour moi comme une préparation à la théorie sérielle, que sous des noms divers je ne cessais de poursuivre, et dont j’acquis enfin l’intelligence le jour où, fatigué de systèmes où je me trouvais comme emprisonné, je formai le projet, pour avoir le large, non d’abandonner mais de résoudre les uns dans les autres tous les systèmes. Alors je compris, d’un seul coup, l’indépendance des divers ordres de séries et l’impossibilité d’une science universelle ; les lois de la série simple, et les éléments de la synthèse.

282. Il ne faut que deux termes pour former une série simple ; il n’en faut que trois pour former un système. Deux bassins de même métal, d’égal diamètre et de forme semblable, placés sur une barre, à égale distance du milieu, forment une série simple ; suspendez cette barre sur un pivot, de manière que ses extrémités libres se fassent contre-poids, vous aurez un système : la Balance.

Depuis Kant, la dialectique s’est enrichie d’une figure auparavant peu connue, et à laquelle la balance semble avoir servi de modèle ; j’en ai parlé déjà au § 3 de ce chapitre à propos des catégories. Elle consiste en ce que, deux termes antithétiques étant donnés, il résulte de leur union un 3e terme, différent des deux autres, et les résolvant par une sorte de balance ou d’équation. Voici d’abord la figure, que l’on peut disposer de deux manières :


Thèse
Antithèse
} Synthèse

Ou bien,

Thèse — Antithèse
Synthèse.


Les exemples suivants, pris des catégories de Kant, montrent l’usage de cette figure :


Unité
Pluralité
} Totalité ................. Réalité
Négation
} Limitation


Les concepts d’unité et de pluralité joints ensemble produisent celui de totalité : la réalité et la négation balancées l’une par l’autre donnent l’idée de limite.