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Peter McLeod

qui restait d’Iroquois fut repoussé dans le lac où ils se noyèrent, assommés par les poursuivants…

L’ancêtre montagnais, dont on n’avait pas compté les ans tellement ils s’étaient accumulés sur ses épaules tassées, campé de toute sa haute stature, encore droite, raide, vigoureux, avait mimé de grands gestes ce glorieux exploit de ses ancêtres qu’il racontait d’une voix de grenouille à Mary Gauthier assise, dans un coin de la cabane, sur une pesante peau d’ours à demie pelée. Du crâne du vieux tombaient jusqu’à ses épaules des cheveux noirs, tristes poils huileux. Ses paupières bridées clignotaient sur des yeux de poisson…

C’était un campement de fortune qui se dressait au bord du lac, tout au pied du Rocher Percé. Les hommes l’avaient établi là, à l’automne, quand ils étaient partis à la chasse. Logeaient là quelques vieillards, des femmes, des enfants et, depuis quelques jours, trois ou quatre chasseurs revenus de la forêt du nord, découragés, et qui avaient apporté de déprimantes nouvelles de famine et de mort… Mais on vivait sans trop d’inquiétude au campement du Rocher Percé, grâce à la promiscuité du Poste de Métabetchouan qui fournissait la nourriture nécessaire, du moins aux plus faibles, en échange de quelques peaux de bêtes restées de la saison dernière. Le camp était sordide comme tous les campements montagnais. Des chiens noirs, hérissés, affamés, d’une race affreuse et bruyante, erraient à travers les tentes et, au moindre signe de vie, faisaient plus de tapage que toutes les scies mécaniques des moulins de Chicoutimi…