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Pour des oreilles mourantes, quand sous des yeux mourants
La croisée lentement en s’illuminant se dessine ;

Aussi tristes, aussi étranges, sont les jours qui ne sont plus,
Aussi chers que des baisers remémorés après la mort,
Aussi doux que ceux qu’imagine une pensée sans espoir
Sur des lèvres réservées à d’autres ; profonds comme l’amour,
Profonds comme le premier amour, enténébrés de tous les regrets,
Ô mort dans la vie ! tels sont les jours qui ne sont plus.


En essayant ainsi de vous exposer, quoique d’une façon bien rapide et bien imparfaite, ma conception du principe poétique, je ne me suis proposé que de vous suggérer cette réflexion : c’est que, si ce principe est strictement et simplement l’aspiration de l’âme humaine vers la beauté surnaturelle, sa manifestation doit toujours se trouver dans une émotion qui élève l’âme, tout à fait indépendante de la passion qui enivre le cœur, et de la vérité qui satisfait la raison. Pour ce qui regarde la passion, hélas ! elle tend plutôt à dégrader qu’à élever l’âme. L’Amour, au contraire, — l’Amour, — le vrai, le divin Éros — la Vénus Uranienne si différente de la Vénus Dionéenne — est sans contredit le plus pur et le plus vrai de tous les