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tefois, que les excitations de la Passion, ou les préceptes du Devoir ou même les leçons de la Vérité ne puissent trouver place dans un poème et avec avantage ; tout cela peut, accidentellement, servir de différentes façons le dessein général de l’ouvrage ; — mais le véritable artiste trouvera toujours le moyen de les subordonner à cette Beauté qui est l’atmosphère et l’essence réelle du Poème.

Je ne saurais mieux commencer la série des quelques poèmes sur lesquels je veux appeler l’attention, qu’en citant le Poème de l’Épave de M. Longfellow[1].


Le jour est parti, et les ténèbres
Tombent des ailes de la Nuit,
Comme une plume tombe emportée
De l’aile d’un Aigle dans son vol[2].

  1. Poe est revenu à plusieurs reprises sur ce morceau dans ses Notes marginales. L’éloge qu’il fait ici du poète américain Longfellow ne l’empêche pas de le juger en maint endroit avec une singulière sévérité. « H. W. Longfellow, » dit-il dans un curieux essai intitulé Autobiographie où il rapproche le caractère et le génie des écrivains de leur écriture, et a droit à la première place parmi les poètes de l’Amérique — du moins à la première place parmi ceux qui se sont mis en évidence comme poètes. Ses qualités sont toutes de l’ordre le plus élevé, tandis que ses fautes sont surtout celles de l’affectation et de l’imitation — une imitation qui touche quelquefois au larcin. »
  2. Poe critique ainsi cette strophe dans ses Marginalia :