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Soupçons terribles en effet ; mais destinée plus terrible encore ! On peut affirmer sans hésitation, qu’il n’y a pas d’événement plus terriblement propre à inspirer le comble de la détresse physique et morale que d’être enterré vivant. L’oppression intolérable des poumons — les exhalaisons suffocantes de la terre humide — le contact des vêtements de mort collés à votre corps — le rigide embrassement de l’étroite prison — la noirceur de la nuit absolue — le silence ressemblant à une mer qui vous engloutit — la présence invisible, mais palpable du ver vainqueur — joignez à tout cela la pensée qui se reporte à l’air et au gazon qui verdit sur votre tête, le souvenir des chers amis qui voleraient à votre secours s’ils connaissaient votre destin, l’assurance qu’ils n’en seront jamais informés — que votre lot sans espérance est celui des vrais morts — toutes ces considérations, dis-je, portent avec elles dans le cœur qui palpite encore une horreur intolérable qui fait pâlir et reculer l’imagination la plus hardie. Nous ne connaissons pas sur terre de pareille agonie — nous ne pouvons rêver rien