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UNE MYSTIFICATION


Le baron Ritzner von Yung appartenait à une grande famille hongroise dont tous les membres ont été, de temps immémorial, plus ou moins remarquables par quelque bizarrerie de caractère ; le plus grand nombre, par une sorte d’étrangeté dans les conceptions, dont le poète Tiek, un des rejetons de cette race, a donné des marques frappantes, sinon le plus frappantes. Ma liaison avec le baron Ritzner prit origine au château de Yung, où je fus jeté pour quelques mois pendant l’été 18…, par une suite d’aventures merveilleuses qui doivent rester cachées. C’est là que je m’acquis une certaine place dans son estime, et, avec un peu plus de peine, une vue imparfaite de sa constitution mentale. Plus tard cette connaissance devint plus profonde, à mesure que l’intimité qui l’avait fait naître, grandissait ; et quand, après trois années de séparation nous nous retrouvâmes à l’université de G-n, je savais tout ce qu’il était nécessaire de savoir sur le caractère du baron.