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Moi, certain qu'il allait en surgir quelque merveille, et désireux en même temps de l'entendre au plus vite : « Par- faitement, répondis-je, il en est ainsi ; les choses de ce genre sont seules à moi. — Et le nom d'animal, dit-il, ne le

b donnes-tu pas à ce qui a vie? — Oui, dis-je. — Et parmi les animaux, tu ne reconnais comme à toi que ceux dont tu as la liberté de faire tout ce que je viens de dire? — D'ac- cord. » 11 fit une pause, par pure feinte, comme s'il se livrait à quelque réflexion d'importance : « Dis-moi, Socrate, reprit-il, as-tu un Zeus ancestral ? » Moi, soupçonnant que l'entretien allait aboutir à ce qui en fut la conclusion *, je me mis à tenter, pour fuir, des contorsions désespérées, comme pris au filet : « Je n'en ai pas, dis-je, Dionysodore. — Te voilà donc une créature bien misérable ; tu n'es même pas

c Athénien, si tu n'as ni dieux ancestraux, ni cultes, bref rien de beau ni de bon. — Ah! Dionysodore, dis-je, parle mieux et ne me prépare pas si rudement à tes leçons ! Car j'ai à la fois mes cultes domestiques et ancestraux et tout ce que les autres Athéniens possèdent en ce genre. — Alors, dit-il, les autres Athéniens n'ont pas de Zeus ancestral ? — Non, dis-je ; cette dénomination n'est connue d'aucun Ionien, ni des émigrants partis de notre ville ni de nous-mêmes; c'est

d Apollon notre dieu ancestral, pour avoir engendré Ion ; Zeus n'est pas appelé chez nous dieu des ancêtres, mais de l'enclos et de la phratrie, comme Athéna déesse de la phra- trie 2 . — Il suffît, dit Dionysodore : tu as, semble-t-il, Apollon, Zeus et Athéna. — Parfaitement, dis-je. — Ce sont donc là tes dieux? dit-il. — Aïeux et maîtres, répondis-je. — En tout cas, ils sont tiens, reprit-il ; ne les as-tu pas reconnus pour être à toi ? — Je l'ai reconnu, dis-je ; comment faire? — Et ces dieux, dit-il, sont des animaux 3 ?

1. D'autres entendent : allait revenir à l'endroit où il avait fini, c'est-à-dire à un sophisme du même genre que plus haut, 3oi d.

a. Appliqué à Zeus, ~axc,(hoç signifie tantôt père de la race, et tantôt protecteur des ancêtres. C'est en ce dernier sens que les Athé- niens invoquent Zeus. Mais Socrate entend le mot dans l'autre. Apollon, au contraire, est appelé par les Athéniens père de la race, comme étant le père d'Ion, ancêtre éponyme des Athéniens. Les membres de la phratrie avaient en commun le culte de Zeus spaTpto; et celui d 'Athéna f pa-oi'a.

3. Il va jouer sur le double sens de £ûiov (être vivant, et animât).

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