Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome V, 1.djvu/274

Cette page n’a pas encore été corrigée


298 a EUTRYDÈME 184

dis-je. — Etait-il donc père, s'il différait d'un père ? Toi, es-tu le même que cette pierre 1 ? — J'ai bien peur, quant à moi, dis-je, d'apparaître le même sous ta main ; et pour- tant je ne crois pas l'être. — Tu diffères donc de cette pierre? dit-il. — A coup sûr. — Si tu diffères d'une pierre, dit-il, tu n'es donc pas pierre? Si tu diffères de l'or, tu n'es pas or? — C'est exact. — Par conséquent, Chérédème non plus, dit-il, s'il diffère d'un père, ne saurait être père 2 . — Il semble bien, dis-je, ne pas être père. »

b « En effet, dit Eutbydème prenant la parole, si Gbérédème est père, c'est évidemment le tour de Sophronisque de ne pas être père, puisqu'il diffère d'un père ; en sorte, Socrate, que te voilà sans père. »

Là-dessus Gtésippe se mit de la partie : « Mais votre père, dit-il, ne lui est-il pas arrivé aussi la même cbose ? Diffère-t-il de mon père? — Il s'en faut bien, dit Euthydème. — Il est donc le même? dit-il. — Le même, certainement. — Je n'y

c puis consentir. Mais dis- moi, Euthydème : est-ce de moi seulement qu'il est père, ou aussi des autres hommes ? — Des autres aussi, répondit-il ; crois-tu qu'on puisse à la fois être père et ne pas l'être? — Je le croyais, dit Ctésippe. — Et être or, dit-il, sans être or ? ou homme sans être homme ? — Prends garde, Euthydème, dit Gtésippe ; comme on dit, « tu n'attaches pas le lin au lin » ; tu avances une chose bien étrange, si ton père est père de tout le monde 1 — Mais il l'est, dit l'autre. — Des hommes ? dit Gtésippe ; ou aussi des chevaux et de tous les êtres vivants ? — De tous, dit-il. — Et ta mère est aussi leur mère? —

d Ma mère aussi. — Alors les hérissons, dit-il, ont eux aussi ta mère pour mère — j'entends les hérissons marins. — Et la tienne aussi, dit-il. — Et alors, toi, tu es frère des veaux, des petits chiens 'et des cochons de lait. — Oui, car tu l'es aussi, dit-il. — Et de plus tu as donc aussi pour père un chien. — Oui, dit-il, toi aussi. »

i. L'article semble indiquer que Dionysodore désigne le banc de pierre sur lequel il est assis avec Socrate. D'autres entendent : la pierre du proverbe. Socrate craint que les questions de l'adversaire ne le réduisent au silence ; cf. Banquet, 198 c.

2. Le sophisme consiste en ce que le mot père est considéré non comme un attribut qui peut appartenir à plusieurs, mais comme la caractéristique d'un individu qui, se confondant avec sa personna-

�� �