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283 c EUTHYDÈME 161

c m'encouragea encore plus à répondre que nous étions prodi- gieusement sérieux.

Alors Dionysodore : « Réfléchis bien, Socrale, dit-il, pour ne pas démentir ce que tu dis en ce moment. — C'est tout réfléchi, répondis-je; ne craignez pas que je me . démente jamais. — Eh bien, reprit-il, vous désirez, dites-vous, le voir sage? — Parfaitement. — Et en ce moment, dit-il, Cli- nias est-il sage ou non? — Pas encore, à l'en croire ; mais il

d n'est pas vantard 1 . — Mais vous, dit-il, vous voulez le voir sage, et non ignorant ? » Nous l'avouâmes. « Ainsi donc, ce qu'il n'est pas, vous voulez qu'il le devienne, et ce qu'il est maintenant, qu'il ne le soit plus. » A ces mots, je me sentis troublé, et je l'étais encore quand il reprit : « Puisque vous voulez, dit-il, qu'il ne soit plus ce qu'il est mainte- nant, vous voulez apparemment sa mort 2 ? Ils seraient vrai- ment précieux, les amis et amants de cette sorte, qui met- traient au-dessus de tout l'anéantissement de leur bien- aimé! »

e Protestation Gtésippe, à ces mots, s'indigna pour son

de Ctésippe. bien-aimé : « Étranger de Thurium,

Discussion s'écria-t-il, s'il n'était trop grossier de

avec les sophistes. le dire> j e dirais . a Ma ih e ur sur ta tète ! »

pour oser proférer contre moi et les autres un mensonge dont le seul énoncé est à mes yeux un sacrilège, en disant que je voudrais son anéantissement ! »

« Eh quoi ! Ctésippe, répondit Euthydème, te semble-t^il possible de mentir ? — Oui, par Zeus ! dit-il, si je ne perds la raison. — En disant la chose dont il s'agit, ou sans la dire ? 284 a — En la disant. — Si on la dit, on ne dit, des choses qui sont, que celle-là même dont on parle ? — Evidemment, répondit Ctésippe. — Mais cette chose qu'on dit fait aussi

i. Socrate ne se prononce pas personnellement sur la question, et n'allègue que le sentiment de Clinias. Mais il laisse entendre que le jeune homme pourrait bien être déjà aoço;. Pourtant l'invitation qu'il a adressée aux sophistes (275 a) et qu'il a répétée à la fin de l'entretien (282 d) suppose que Clinias a encore besoin d'être exhorté à rechercher le savoir.

2. Le sophisme consiste à prendre d'abord oc au sens de oioç, puis à lui rendre sa valeur habituelle. Confusion de la qualité avec l'objet lui-même et l'existence de l'objet (voir la Notice, p. ia5).

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