Page:Platon - Œuvres complètes, Les Belles Lettres, tome V, 1.djvu/112

Cette page n’a pas encore été corrigée


234 c MÉNEXÈÏSE 84 c Socrate. — Ma foi! Ménexène, il paraît

VoraïsVn funèbre. ? avoir bien des avanta g es à m ™ rir à la guerre. On obtient une belle et magni- fique sépulture, même si l'on a fini ses jours dans la pau- vreté; et des éloges, même si l'on est sans valeur, vous sont donnés en outre par de doctes personnages, qui louent non pas à l'aventure, mais*dans des discours préparés de longue main. Leurs louanges sont si belles qu'à citer sur chacun les

235 a qualités qui lui appartiennent et celles qui lui sont étrangères,

avec la parure d'un magnifique langage, ils ensorcellent nos âmes. Ils célèbrent la cité de toutes les manières ; les morts de la guerre, tous les ancêtres qui nous ont précédés, et nous- même encore vivants, nous sommes glorifiés par eux de telle sorte que, pour ma part, Ménexène, je me sens, devant leurs éloges, les dispositions les plus nobles; chaque fois, je reste là

b sous le charme 2 à les écouter, me figurant instantanément être devenu plus grand, plus noble et plus beau. Et, suivant mon habitude, je suis toujours accompagné d'étrangers, qui écoutent le discours avec moi; à leurs yeux j'acquiers sur-le- champ plus de dignité. Car ils me paraissent éprouver ces mêmes impressions envers moi comme envers le reste de la cité; ils la jugent plus admirable qu'auparavant, à la parole persuasive de l'orateur. Et moi, je conserve cette dignité plus

c de trois jours 3 : les paroles et le ton * de l'orateur pénètrent dans mon oreille avec une telle résonance 5 que c'est à peine si le quatrième ou le cinquième jour je reviens à moi et prends conscience de l'endroit où je suis ; jusque-là, peu s'en

se distinguent des magistrats ordinaires (apyovcsç) en ce qu'ils n'agissent que d'après les instructions données par le peuple (ambas- sadeurs, pylagores, commissaires des travaux de fortification). Mais ici, comme souvent chez Platon, le mot est pris dans un sens général.

1. Sur tout ce persiflage, qui ne peut laisser de doute sur le sens du discours qui va suivre, voir la Notice, p. 53 sq.

2. Kr,Aou;jLsvoç, au sens propre : charmé comme par un chant merveilleux. Cf. Protag., 3i5 ab : Protagoras traîne à sa suite des étrangers hors de toutes les villes qu'il traverse, « les charmant par sa voix comme un autre Orphée ».

3. îïXeud, leçon des mss., est exceptionnel en pareil cas pour ttXsov. 4- 'O Xôyoç : les mots ; ô çOdy-fo; : le son de la voix.

5. "EvauXoç se dit d'un langage qui frappe les oreilles comme les sons de la flûte, et aussi d'une chose dont le souvenir est encore ré- cent. Cf. Eschine, C. Ctésiphon, 62 ; Platon, Criton, 54 d; Lois, 678 b.

�� �