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7 4 MÉNEXÈNE

Nous pouvons répondre maintenant à la

Le sens question du début. Le préambule dialo-

du Ménexène. ^ . . jF , • ,, .

gue annonçait un pastiche de 1 oraison

funèbre traditionnelle, et notamment de l'éloge en vogue dans cette forme d'éloquence. Socrate laissait clairement entendre que ce discours serait un badinage, et que, loin de vouloir donner aux rhéteurs une leçon et un modèle, il par- lerait comme n'importe lequel d'entre eux. h'épitaphios du Ménexène répond à cette promesse. C'est un exercice d'école, où Platon a scrupuleuse aient suivi le plan habituel et repro- duit la méthode et le ton des éloges, en présentant les faits sous le jour le plus favorable à Athènes, sans égard à la vérité historique, et en les enjolivant avec les figures et les raffinements de style enseignés par la rhétorique du temps. Dans le Gorgias, Socrate demande à Galliclès (52 1 a) : « Quelle est donc la sorte de soins que tu m'invites à pren- dre à l'égard des Athéniens ? Explique-toi : est-ce celle qui consiste à lutter contre eux pour les rendre meilleurs, comme fait un médecin, ou bien celle qui me donnerait envers eux une attitude de serviteur et de flatteur ? 1 » Plus loin (52 i d) : « Je ne cherche jamais à plaire par mon langage, j'ai tou- jours en vue le bien et non l'agréable, je ne puis consentir à faire toutes ces jolies choses que tu me conseilles 2 ». Et enfin (527 c) : a Toute flatterie envers soi-même ou envers les autres... doit être évitée 3 ». Comment pourrait-il pren- dre au sérieux ou approuver un éloge qui n'est qu'une longue xoIolyMz ? 4 L'intention railleuse de l'auteur est encore soulignée par l'impossibilité sur laquelle repose le

1. TraJ. A. Croiset.

2. Id.

3. Id.

4. Berndt, 0. /., p. ix. Voir dans le Banquet, la critique que fait Socrate des éloges qui viennent d'être prononcés sur l'Amour (198 d) : « Pour moi, dans ma simplicité, je croyais qu'il fallait dire la vérité sur chaque objet d'éloge, et la prendre pour fondement, en choisis- sant dans la vérité même les plus belles choses pour leur donner la disposition la plus convenable. Et j'étais très fier à la pensée que j'aliais bien parler, connaissant la vraie manière de faire n'importe quel éloge. Mais il paraît que ce n'était pas la bonne façon ; qu'il fallait, au contraire, attribuer au sujet les qualités les plus grandes et es plus belles, vraies ou non, la fausseté étant sans importance. »

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