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Socrate. — Ce n’est pas vous, je crois, que nous pourrons accuser de vous dérober à la discussion et à la recherche.

Lysimaque. — C’est notre affaire à tous, Socrate, car je te compte comme un des nôtres. Prends-donc ma place dans l’intérêt des enfants pour demander à Nicias et à Lachès ce que nous voulons savoir, et délibère en commun avec eux. Pour moi, l’âge me fait parfois oublier les questions que j’avais l’intention de poser, et, quant à ce qu’on me dit, si d’autres propos viennent à la traverse, je m’y perds tout à fait. Causez donc et discutez entre vous le sujet en question. J’écouterai, et quand j’aurai écouté, je ferai, d’accord avec Mélésias, ce que vous aurez décidé.


Position de la question par Socrate.

Socrate. — Allons, Nicias et Lachès, il faut obéir à Lysimaque et à Mélésias. Nous avions commencé à examiner quels maîtres nous avions eus et quels disciples nous avions formés à la vertu[1] : c’est là une recherche qui peut avoir ses avantages ; mais je songe à une autre qui conduit au même but et qui doit peut-être venir la première. Si nous savions, dans un ordre de choses quelconque, un objet dont la présence améliorât sûrement le sujet qui le posséderait, et si nous étions en outre capables de procurer cette présence, il est clair que nous connaîtrions l’objet à propos duquel on nous demanderait le moyen le plus sûr et le plus facile de l’acquérir. Peut-être saisissez-vous mal ce que je veux dire : je vais m’expliquer plus clairement.

Nous savons, je suppose, que la présence de la vue rend les yeux plus parfaits, et en outre nous avons le pouvoir de leur procurer cette présence : c’est donc évidemment que nous savons ce qu’est la vue, puisque nous pouvons indiquer, à qui nous le demanderait, le moyen le plus court et le plus efficace

  1. Telle était en effet, pour Socrate, la première chose à faire pour vérifier le talent d’un maître. Cf. plus haut, p. 101, n. 1. Mais cette méthode, toute extérieure, n’était à ses yeux qu’un moyen vulgaire et commode de trancher la question : le véritable philosophe avait d’autres moyens de la résoudre. Socrate a hâte de revenir au pur raisonnement, seul capable de décider entre des autorités diverses, et de juger les autorités elles-mêmes.