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y aurait-il réellement ces deux choses, savoir Cratyle et l’image de Cratyle, si quelque divinité avait représenté dans l’image non seulement la couleur et la forme du modèle, comme font les peintres, mais encore tout l’intérieur de ta personne, tel qu’il est, avec le même degré de mollesse et de chaleur, même mouvement, même âme, même raison ; en un mot, si elle t’avait reproduit tout entier, et que, la copie achevée, elle l’eût placée auprès de toi, y aurait-il là Cratyle et l’image de Cratyle, ou bien deux Cratyles ?

CRATYLE.

Il me semble, Socrate, que cela ferait deux Cratyles.

SOCRATE.

Tu vois donc, mon ami, que nous devons modifier l’idée que nous nous étions faite de la propriété d’une image ; et ne pas vouloir à toute force que ce ne soit plus une image, dès qu’il y manque quelque chose ou qu’il s’y trouve quelque chose de trop. Ne sens-tu pas de combien il s’en faut que les images renferment exactement tout ce qui se rencontre dans leurs modèles ?

CRATYLE.

Si fait.