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perdu leurs armes ; mais on ne peut pas reprocher à tous de les avoir jetées : ce reproche ne pouvant tomber également sur celui à qui on a arraché ses armes par force et sur celui qui les a rendues de lui-même ; car il y a une différence du tout au tout entre ces deux cas. Telles seront donc à ce sujet les dispositions de la loi. Si quelqu’un étant joint par l’ennemi, et ayant les armes à la main, au lieu de lui faire face et de se défendre, les lui abandonne lâchement ou les jette, aimant mieux mettre sa vie en sûreté par une honteuse fuite que de périr d’une mort glorieuse et heureuse en combattant vaillamment ; s’il a perdu ainsi ses armes, qu’on l’accuse de les avoir jetées. Mais les juges n’entreront point dans l’examen de la perte des armes, dans les cas dont on a parlé plus haut. Il faut toujours punir les lâches, pour leur inspirer plus de courage, et jamais les malheureux parce que cela ne sert à rien. Mais quel peut être le châtiment convenable de ceux qui ont jeté les armes qu’on leur avait données pour se défendre ? Il n’est pas possible à l’homme de changer quelque chose en son contraire, comme fit autrefois un dieu[1], qui métamorphosa, dit-on, en homme Cénée le Thessalien,

  1. Ce fut Neptune qui opéra, dit-on, celte métamorphose. Ovide, Métamorphoses, liv. XII.