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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1905.djvu/38

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la chronique

l’utilité d’une guerre ne croyaient pas qu’elle éclatât. Tout le monde sait maintenant comment le chancelier la prépara et sut la rendre fatale. La France n’aurait certainement pas réussi à l’éviter puisque son ennemi, après s’être assuré à la fois de la faiblesse de ses armes et de l’indifférence de l’Europe, s’était résolu à la lui faire ; mais elle eût gagné à tous points de vue en y apportant moins de légèreté et de jactance. La guerre elle-même laissa de plus amers ressentiments au cœur des vaincus que le traité qui la termina. La dureté, la cruauté dont firent preuve les vainqueurs, des scènes indignes d’une armée civilisée qui se produisirent çà et là au cours de la campagne, tout contribua à transformer le « casque à pointe » en ennemi héréditaire ; l’espoir de la revanche devint le sentiment unanime de la nation réveillée d’un affreux cauchemar. Cet espoir entretint en elle la force morale indispensable à une besogne géante. Il s’agissait de refaire une France puissante de corps et d’âme.

C’était là une œuvre à lointaine échéance et, entre temps, il fallait bien vivre de la vie internationale aux obligations de laquelle aucun État d’Europe — et la France moins que tout autre,