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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1901.djvu/274

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la chronique

d’une renommée conforme à son talent. Il la possède désormais et, hors de nos frontières, ses œuvres vont faire leur chemin, non plus seulement parmi quelques groupes de délicats, mais parmi tous ceux qui aiment de belles idées exprimées en de beaux vers. Rien d’exubérant, d’éclatant ; pas de heurts splendides ni de vibrations folles, mais le chant de l’âme humaine dans toute sa pureté, la recherche exquise des clartés tranquilles, la douleur calme, l’amour inquiet, la foi victorieuse ; voilà ce que, de l’aveu même du Dr Wirsen, secrétaire perpétuel de l’Académie Suédoise, ses collègues et lui ont apprécié et retenu dans l’œuvre de Sully Prudhomme. Peut-être en rapprochant son nom de celui de leur noble compatriote défunt Alfred Nobel, ont-ils songé, parmi tant de poèmes admirables, à cette simple petite pièce intitulée : Les yeux, dans laquelle Sully Prudhomme a su résumer tout le drame de la souffrance terrestre et tout l’infini des invincibles espoirs.

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux.
Des yeux sans nombre ont vu l’aurore.
Ils dorment au fond des tombeaux
Et le soleil se lève encore.