Ouvrir le menu principal

Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1901.djvu/265

Cette page a été validée par deux contributeurs.
253
de france

convenance du langage et l’audace de la pensée, sur la pauvreté des rimes et le désordre des images ; on enveloppa d’un même blâme la courtisanerie de certains compliments et le sans-gêne de certaines apostrophes, si bien que la France littéraire se désola d’avoir été, ce soir là, mal interprétée ; elle se crut atteinte dans sa double réputation d’urbanité et de bon goût ; il fut entendu que le ministre des Beaux-Arts avait agi sans discernement en choisissant Rostand et que Rostand avait commis une grave imprudence en laissant folâtrer sa muse.

Or, quiconque à l’étranger, possédant bien la langue Française et susceptible d’en goûter toutes les finesses, voudra prendre connaissance du poème de Rostand, demeurera interdit en face, non de l’œuvre, mais de l’accueil qu’elle a reçu ; et laissant glisser la brochure de ses doigts, se demandera rêveur, s’il n’y a point quelque chose de changé en France. — Car, enfin, ces vers honnis, il n’y aurait eu qu’un cri, voici trente ans, pour les célébrer. On en aurait loué la silhouette vaporeuse, l’exquise élégance, les sous-entendus raffinés, les allusions délicates. On eut applaudi l’évocation de l’unité nationale :