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Page:Pierre de Coubertin - Chronique de France, 1901.djvu/20

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la chronique

demi réaliste, à demi mystique, sorte de croyance à un âge d’or nécessaire et définitif fait de paix générale, d’égalité politique, de justice sociale et dans lequel la propriété et la religion, devenues inutiles, mourront tout tranquillement de leur belle mort. Certains faits contemporains vinrent à l’appui de cette conception aussi grandiose qu’attrayante de l’évolution moderne ; telle, par exemple, l’initiative de deux puissants empereurs conviant les représentants de tous les États à discuter à Berlin, l’organisation ouvrière, et à La Haye, l’établissement de l’arbitrage international. Les progrès incessants de la démocratie, les conquêtes successives de la liberté de conscience s’affirmaient d’ailleurs avec évidence.

Pourtant, vers la fin du siècle, une sorte de voile s’est déchiré ; il a bien fallu s’apercevoir que la démocratie s’égarait dans des voies inattendues ; tous les trônes de l’Europe consolidés, l’impérialisme au Nouveau-Monde, une série de guerres implacables, des manifestations éclatantes du sentiment religieux, c’étaient là des symptômes d’un intérêt considérable pour tout esprit exempt de préjugés mais qui dérangeaient gravement dans la quiétude de leur espérance les disciples de l’Âge