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sport et pédagogie

Le retour à la vie grecque.

Du tréfonds de notre civilisation trépidante et compliquée monte, par instants, comme la protestation d’un instinct comprimé. On veut y voir le besoin d’un « retour à la vie primitive, à la nature ». La formule est d’usage courant. Or, ce « retour à la vie primitive », consiste, en général, à dormir les fenêtres plus ou moins ouvertes, à substituer les légumes ou les pâtes à la viande comme base d’alimentation, à faire un usage plus fréquent et plus complet de l’hydrothérapie, enfin à exécuter chaque matin, au saut du lit, quelques exercices gymniques. Les plus entreprenants vont jusqu’à la cure de soleil, laquelle consiste à s’exposer nu aux rayons de l’astre. Il n’y a rien en tout cela qui rappelle la vie primitive. Les primitifs, s’ils avaient possédé des fenêtres, se fussent gardés de les ouvrir. Ils ignoraient l’agrément d’une julienne ou d’un macaroni Lucullus et leur eussent immanquablement préféré une bosse de bison. L’hydrothérapie et la gymnastique étaient bien le cadet de leurs soucis et leur ingéniosité s’employait à confectionner des abris ou des tissus propres à les préserver des ardeurs solaires. Le culte de la nature nous enjoindrait d’aller dormir dans les bois et d’y vivre du produit de notre chasse ou de notre cueillette. Encore, conviendrait-il de nous séparer, au préalable, de nos pensées, de tout le lourd bagage intellectuel que nous traînons après nous ; et le moyen d’opérer cette séparation n’apparaît pas clairement. La vérité est qu’il y a impossibilité absolue pour les hommes du xxe siècle de retourner même partiellement à la vie primitive en admettant qu’ils en éprouvent réellement le désir. Il est non moins vrai que ces hommes se rebellent contre leur existence présente en ce qu’elle a de profondément anti-humain. Cela étant, on est fondé à prévoir qu’ils retourneront — ou du moins chercheront à retourner à la conception grecque, de toutes la plus humaine.

Il semble qu’elle s’imprégnait d’une quadruple aspiration : vers le calme, la philosophie, la santé et la beauté.… Le calme, ce n’est pas l’immobilité ni même le repos. L’homme peut demeurer calme au milieu d’occupations agissantes comme en face du péril imminent. À quelques-uns, il est donné d’y atteindre sans effort ; c’est la minorité pour les autres, il faut s’y élever par une pratique voulue. Le calme interne n’est pas seul en cause. L’homme jouit aussi du calme extérieur, du calme des choses qui l’envi-