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la guerre des boutons


– Sais-tu tes leçons, Lebrac ? demanda confidentiellement La Crique.

– Heu oui… pas trop ! Tâche de me souffler si tu peux, hein ! S’agirait pas ce soir de se faire coller comme samedi. J’ai bien appris le système métrique, j’sais tous les poids par cœur : en fonte, en cuivre, à godets et les petites lames par-dessus le marché, mais j’sais pas ce qu’il faut pour être électeur. Comme mon père a vu le père Simon, je vais sûrement pas y couper à une leçon ou à une autre ! Pourvu que j’y saute en système métrique !

Le vœu de Lebrac fut exaucé, mais la chance qui le favorisa faillit bien, par contrecoup, être fatale à son cher Camus, et sans l’intervention aussi habile que discrète de La Crique, qui jouait des lèvres et des mains comme le plus pathétique des mimes, ça y était bien, Camus était bouclé pour le soir.

Le pauvre garçon qui, on s’en souvient, avait déjà failli écoper les jours d’avant à propos du « citoyen », ignorait encore et totalement les conditions requises pour être électeur.

Il sut tout de même, grâce à la mimique de La Crique brandissant sa dextre en fourchette, les quatre doigts en l’air et le pouce caché, qu’il y en avait quatre.

Pour les déterminer, ce fut beaucoup plus dur.