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la guerre des boutons


— Et tes manches ? interrompit de nouveau le père. T’as perdu aussi les boutons ?

— Oui ! avoua Lebrac.

Après cette nouvelle découverte, qui, avec la rentrée tardive, décelait une situation particulière et anormale, un examen détaillé s’imposait.

Lebrac se sentit devenir rouge jusqu’à la racine des cheveux.

— Merde ! ça allait rien barder !

— Viens voir un peu ici au milieu !

Et le père, ayant levé l’abat-jour de la lampe, sous les quatre paires d’yeux inquisiteurs de la famille, Lebrac apparut dans toute l’étendue de son désastre, aggravé encore par les réparations hâtives que des mains enthousiastes et bienveillantes certes, mais trop malhabiles, avaient achevé au lieu de le tempérer.

— Ben, nom de Dieu ! ah salaud ! ah cochon ! ah vaurien ! ah rossard ! grognait le père après chaque découverte. Pas un bouton à son tricot ni à sa chemise, des épines pour fermer sa braguette, une épingle de sûreté pour tenir son pantalon, des ficelles à ses souliers !

— Mais, d’où sors-tu donc, nom de Dieu de saligaud, gronda Lebrac père, doutant que lui, calme citoyen, eût pu procréer un garnement pareil, tandis que la mère se lamentait sur le travail conti-