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la guerre des boutons


voir la nichée des gaillards, nus comme des vers, fuir et disparaître entre les buissons du haut de la Saute, tout en hurlant à son adresse des injures sur le sens desquelles il n’y avait pas à se méprendre.

– Vieux salaud ! putassier ! vérolard ! vieux bac ! hé ! on t’emm… !

– Petits cochons, ah ! dégoûtants, polissons, mal élevés, ripostait le vieux, reprenant sa course. Ah ! que j’en attrape un seulement ; je lui coupe les oreilles, je lui coupe le nez, je lui coupe la langue, je lui coupe…

Bédouin voulait tout couper.

Mais pour en attraper un, il aurait fallu avoir des jambes plus agiles que ses vieilles guibolles ; il battit bien les buissons de tous côtés, mais ne trouva rien et suivit de loin, à la voix, une trace qu’il crut bonne, mais qui devait bientôt lui faire faux bond elle aussi.

Camus, Grangibus et La Crique, tous trois vêtus, pour protéger le retour et la mise en tenue de leurs camarades, avaient réalisé ce que Boulot avait eu un instant l’intention de faire et attiré Zéphirin par les pâtures de Chasalans, loin, loin, du côté de Velrans, afin aussi de lui donner le change et lui laisser croire, sa faible vue aidant, que c’étaient les gamins du village ennemi qui étaient les seuls coupables de cet attentat à sa