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Œ U V R i: s DE PROSE delà langue. Il est orateur en pied dans le parti ouvrier français. Il fait des tournées interminables en province. Il est causeur infatigable. Tous les soirs il fait des réunions. Toujours en chemin de fer. Mais il suffit pour nous qu'il ait une fois fait quelque apprentissage manuel. Vous savez que lordination confère aux curés un caractère indélébile, qui les suit jusqu'en enfer. Dans notre église à nous c'est l'apprentissage manuel qui donne cette consécration. Et l'apprentissage intel- lectuel donne la consécration contraire. Un ancien ma- nuel, quand il deviendrait le plus retors et le plus riche des politiciens, est toujours du vrai peuple. Un ancien intellectuel, quand il serait pauvre comme le citoyen Job, et quand il serait devenu maçon, est toujours fâcheu- sement noté. Il est toujours un aristo. Nous ne faisons d'exception que pour les médecins et pour les avocats.

— C'est dit.

— Le citoyen Roland n'eut pas de peine à nous démontrer que mon petit cousin n'était qu'un de ces vils intellectuels, un dreyfusard, un bourgeois, qui veu- lent commander au prolétariat, duper le prolétariat, le détourner de ses devoirs et de ses intérêts propres, lui faire oublier la lutte de classe. Puis il examina, comme il disait, la seconde face de la question. Le citoyen le Febvre avait dit que mon petit cousin, participant au congrès, y ferait un travail plus utile que le citoyen Roland. — J'admets, répondit le citoyen Roland, que le citoyen Péguy s'est rendu beaucoup plus fort que moi. — Nous lui sûmes le plus grand gré de cette humi- lité feinte. — J'admets que le citoyen Péguy est beau- coup plus fort que moi. La question n'est pas là. Mais la question est beaucoup plus précise. — Nous aimons

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