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entières dans l’établissement luxembourgeois où un docteur luxembourgeois avait pour les malades introduit les derniers aménagements. Il abandonna pour un long temps ses études, qui étaient cependant des études sacrées. Il tempéra, il diminua régulièrement et considérablement ses exercices, qui étaient cependant des exercices de piété. Je ne sais pas s’il eut à demander pour cela des dispenses aux autorités ecclésiastiques. Mais ce que je sais bien, c’est que sa prière même était soumise aux commandements de son régime. Et ce que je sais de certain, c’est qu’il n’avait aucun attachement naturel pour la vie et qu’il avait d’elle un détachement religieux, et que la prière lui était infiniment précieuse. Mais évidemment il pensait et croyait qu’il devait se priver de prier Dieu pour demeurer fidèlement sur la terre où Dieu l’avait envoyé.

— Ne croyez pas, mon ami, que l’institution du régime soit exclusivement moderne. Les anciens pensaient déjà qu’il était nécessaire que l’athlète suivît un régime. Et dans ce que je vous ai lu sur la vie et la mort de Blaise Pascal apparaît par fragments la préoccupation d’un régime. Le malade n’exerçait pas seulement sa patience et sa soumission dans les moments de crise à bien accepter les remèdes pénibles et douloureux comme il acceptait les souffrances mêmes : il exerçait la patience et la même soumission dans les périodes ordinaires ; il réglait alors sa nourriture selon des lois contestables, mais qui lui paraissaient bonnes, sages, qui sans doute répondaient à peu près en son esprit à ce que nous nommons les lois de l’hygiène. Il ne mangeait pas au delà d’une certaine quantité, même quand il avait encore faim, et il mangeait toujours une certaine quantité, même quand il n’avait pas appétit.