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Changement de prison. — Un voisin.


Un soir, vers dix heures, ma porte s’ouvrit et le staroj entra, apportant mes vêtements civils.

— Habillez-vous ! me dit-il laconiquement.

J’étais frappé d’étonnement. On ne m’avait jamais fait subir d’interrogatoire aussi tard dans la soirée. J’endossais mes habits sans quitter le linge de la prison mais le staroj m’arrêta en me disant :

— Changez tout, mettez votre cravate !

Il sortit. Je m’habillai à la hâte et me mis à courir d’un bout à l’autre de la cellule comme une bête en cage. Des pensées sans nombre sillonnaient mon cerveau, et toutes me causaient un sentiment de souffrance. L’idée qu’on allait peut-être me remettre en liberté me saisissait le cœur avec tant de force que je le comprimais de la main pour en affaiblir les battements douloureux. Tantôt je voyais les visages de mes amis, tantôt m’apparaissait une prison plus sévère, une maison de fous, les têtes rasées du bagne, les fers, l’échafaud !… Je ne sais combien de temps je passai dans cet état, cela me parut une éternité. Enfin la porte s’ouvrit, des gardes apparurent, et on m’emmena. La nuit était sombre, il gelait