Page:Paul Féval L'Homme de fer.djvu/58

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.




VI


LE RÉVEIL


La lampe éclairait maintenant deux têtes charmantes dont les boucles brunes et blondes se mêlaient. Berthe était plus clame, depuis que Jeannine, agenouillée à son chevet, la gardait. À travers la porte, en entendait dame Josèphe de la Croix-Mauduit, qui ronflait d’importance première pour mettre à profit les heures où l’astre du jour reposait lui-même au sein de l’onde. En ronflant, dame Josèphe avait un noble songe : elle rêvait que dans l’allée bien droite et sans fin, un nombre incalculable de jeunes demoiselles s’alignaient. Dame Josèphe, son vieux faucon au poing, flanquée de son vieil écuyer et de sa vieille suivante, escortée, comme au jour de noces, la bouche en cœur et le bouquet de roses à la ceinture, se voyait passer dans les rangs des jeunes filles qui baissaient le yeux timidement. Elle s’entendait elle-même dire à chacune : « Tenez-vous droite ! » Elle se voyait apprendre à cette innombrable armée d’écolières la révérence de tierce dignité. Vous ne vous figurez pas combien c’était divertissant pour dame Josèphe.

Après ces rêves enchanteurs, la chose triste c’est qu’on s’éveille. Si dame Josèphe avait pu rêver toujours qu’elle apprenait l’art ingénieux des révérences à cent mille petites