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V


DEUX JEUNES FILLES


C’était une chambre d’assez grande étendue, très haute d’étage et dont le plafond en bois de chêne sculpté absorbait les rayons de la lampe. Une tapisserie à personnages mythologiques de grandeu plus que naturelle couvrait les murailles à partir du lambris, qui avait six pieds de haut. Au centre du plafond une tasse de bois de cèdre contenait l’huile douce qui attire et fait périr les insectes ; trois chaînettes de fer la soutenaient. Il y avait deux lits à colonnes, carrés tous deux, tous deux énormes et juchés sur leurs estrades entourées de galeries. À la tête de chaque lit, une tablette sculptée supportait le gobelet d’argent et la fiasque au long col, pleine de vin saturé d’hyssope et de marjolaine. Le sire du Dayron savait exercer l’hospitalité.

Quatre fenêtres, situées en face les unes des autres, s’ouvraient : deux sur le pont de Couesnon, deux sur la cour intérieure. Elles avaient de petits carreaux verdâtres, losangés de plomb. Au-devant de chacune d’elles deux rideaux de serge violette se croisaient ; les courtines des lits, les lambrequins et les rideaux étaient également de couleur violette. Une broderie au petit point, sur fond noir, aux nuances ternes et passées, recouvrait les immenses fauteuils dont les dossiers droits égratignaient les lambris. Sur la cheminée qui, certes,