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III


LE RENDEZ-VOUS


À la place où naguère s’agitait follement la fête, tout était silencieux et sombre. C’est à peine si la baraque incendiée jetait encore une lueur faible dans cette grande et complète obscurité. La nuit était sans lune ; des vapeurs lourdes et chaudes couvraient les étoiles. On entendait le bruit sourd de la mer qui arrivait à l’embouchure du Couesnon. Les gens de Normandie avaient regagné Beauvoir ou Ardevon, les gens de Bretagne s’étaient mis en marche pour Saint-Georges ou le Roz. Pontorson regorgeait : il n’y avait point de place pour les paysans, dans ses maisons pleines de gentilshommes ou tout au moins de bourgeois.

Ceux qui demeuraient trop loin pour retrouver leur logis s’étaient arrangés comme ils avaient pu dans une manière de camp, formé de huit ou dix douzaines de tentes, qui s’abritait derrière la ville.

La ville elle-même dormait. Point de fête qui tienne quand a sonné le couvre-feu. Les fenêtres de l’hôtel du Dayron, situé hors de l’enceinte, restèrent éclairées quelque temps encore, puis elles cessèrent de briller l’une après l’autre, hormis une seule, dont les rideaux fermés laissaient passer une lueur.

Dans la plaine, la tente ducale, la tente royale et le fas-