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XVIII


LES CHEVALIERS DE SAINT-MICHEL


Le roi causait tout seul.

Le roi était en face de ses parchemins dépliés. Il écrivait, il raturait, il parlait. L’image de saint Michel était devant lui sur la table, comme la veille, dans sa tente. La salière manquait. Le roi se défiait désormais de sa salière.

— J’ai cru, se disait-il, que monseigneur saint Michel inspirerait au mécréant la mauvaise pensée de mettre à mort mon cher frère. Je l’eusse vengé en faisant tomber la tête du mécréant et l’ordre du saint Archange n’eût point été souillé par l’intromission de ce noir païen. Nous aviserons à faire pour le mieux.

Il trempa sa plume dans l’écritoire.

— L’article trois, poursuivit-il, est en l’honneur de l’archange : il oblige à porter l’image en tout temps, en tout lieu. J’espère que le grand bienheureux me saura gré de cette attention. Je passe à l’article huit qui est entre tous important et grave. « Les chevaliers ne peuvent entreprendre aucunes guerres ni autres hautes et dangereuses besognes sans le faire savoir par avance a la plus grande partie desdits chevaliers… »

— J’avais écrit d’abord : sans le faire savoir au roi, dit ici Louis XI. C’est la même chose et cela peut faire ombrage, d’autant que l’article neuf porte : « Les chevaliers ne peuvent