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suffisante, due surtout au travail de M. Tardif sur les lettres tironiennes. J’avais cru pouvoir déclarer que, M. Bethmann ayant découvert le fragment, il était convenable de nommer M. Bethmann ; que M. de Coussemaker ayant donné le premier fac-simile, accompagné d’une interprétation souvent heureuse, il était plus indispensable encore de parler de ce travail de M. de Coussemaker. Pour s’acquitter de pareils devoirs, il n’est pas besoin de faire partie d’une société d’assurances mutuelles, il suffit d’appartenir à la république des lettres. La règle qui exige reconnaissance de tout emprunteur est applicable aux ouvrages d’esprit comme aux choses d’argent. Or voici comment M. Génin avait rédigé sa reconnaissance : « Le hasard me fit rencontrer une brochure dans laquelle je trouvai un fac-simile ; je le lus sans peine, et, voulant voir si l’on en pouvait tirer quelque chose de mieux que du fac-simile, je fis venir le manuscrit, » etc. Eh bien ! j’ai soutenu que cette rédaction n’était pas convenable ; car M. Génin avait lu sans peine, parce qu’un autre avait, auparavant, lu avec peine, et M. de Coussemaker lui avait montré les moyens de tirer de ce fragment autre chose que du fac-simile.

Ainsi pressé, M. Génin déplace le point de la querelle. Il me fait dire (ce que je n’ai pas dit) que le travail de M. de Coussemaker ne laissait rien à désirer ; puis il s’en va demander à deux membres de l’Académie des Belles-Lettres des certificats de la supériorité de son interprétation. Si comme eux interpellé j’avais cru devoir répondre, je l’aurais fait, sans doute, comme mes confrères. « Votre publication, » dit fort bien M. de Wailly, « est plus correcte et plus complète que celle du premier éditeur. Les améliorations que j’ai constatées assureraient la supériorité à votre édition, quand même vous n’y auriez pas joint la traduction des notes tironiennes faites par le jeune savant qui a le premier expliqué cette obscure sténographie… Mais en publiant pour la première fois le curieux fragment découvert par M. Bethmann, M. de Coussemaker avait rendu à la science un service véritable et dont tout le monde doit encore lui savoir gré… »

M. Génin, à ce qu’il paraît, ne fait pas partie de tout le monde. D’ailleurs, on conviendra que sa maladresse eût été par trop grande si, pouvant avec M. Tardif lire en entier tout le fragment, il n’avait pas obtenu un sens mieux suivi, plus complet que celui du premier éditeur. Ce n’était pas une raison de ne tenir