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universel, parce que, le plus souvent, il reproduit mal les faits qu’il compile. Aussi Rivet, le meilleur apologiste du fameux livre du Mystère d’iniquité, voulant justifier Duplessis-Mornay d’avoir accordé sa créance à ce passage du Fasciculus : « Statuit Calixtus historiam Caroli descriptam a beato Turpino archiepiscopo, » Rivet dit : « Pour moi, j’ai bien quelque opinion que l’auteur du Fasciculum s’est mespris, et qu’au lieu des statuts de Calixte pour l’establissement de l’archevèque Turpin, il s’est équivoqué et a pensé qu’il y alloit de l’establissement de l’histoire de l’archevèque Turpin. » En voilà assez sur ce point, et je dois avouer que je n’ai pas fait de grandes recherches pour rassembler ces derniers arguments à l’appui de l’opinion reçue ; je les ai trouvés dans l’article Turpin du Dictionnaire de Bayle, lequel ne croyait pas plus que tous les bons critiques, y compris M. Daunou, à l’admission du mauvais roman de Turpin parmi les livres canoniques. Et quand M. Génin ajoute : « Voilà donc d’un trait de plume trois personnes châtiées : M. Daunou, Rolewinck et moi, » Je réponds : Ces trois personnes ne font pourtant que le seul M. Génin ; car il s’appuie à tort de M. Daunou, et Rolewinck est un personnage qu’il n’était plus permis d’exhumer à l’appui d’un paradoxe historial.

Enfin pour démontrer que le pape Calixte II a laissé des sermons, M. Génin cite les éditions qu’on a imprimées. Autant vaut prouver l’existence d’Homère par celle de ses portraits, ainsi que le faisait un vénérable antiquaire, à l’époque où M. Guigniaut rassemblait les meilleures raisons qu’on avait de mettre cette existence en doute. À ce compte, le décret de Gratien démontrerait que les papes ont fait toutes les décrétales que Gratien leur attribue ; l’on n’aurait même plus le droit de contester l’authenticité de la sentence de Ponce Pilate. Mais depuis longtemps, dom Rivet a prouvé rigoureusement que ni les quatre sermons, ni le livre des Miracles de saint Jacques n’étaient l’œuvre de Calixte. Et quand on a suivi l’enchaînement de ses preuves, il est impossible de ne pas dire avec lui : « Le livre des miracles de saint Jacques ne fut jamais une production de sa plume. » (Histoire littér., t. X, p. 532.) « Les quatre sermons qu’il aurait prêchés à Compostelle ou à Rome portent les mêmes caractères de supposition. » (Id., p. 534.)

Voyons maintenant la question du fragment de Valenciennes. M. Génin en a fait exécuter le fac-simile, avec une explication