Page:Papineau - Discours à l'assemblée du marché Bonsecours, paru dans Le Canadien, du 21 avril au 8 mai 1848.djvu/48

Cette page a été validée par deux contributeurs.

cents acres, à la condition de n’être que des prête-noms, pour que chacun des conseillers, gouverneur ou vendeur en grand d’eau-de-vie aux Sauvages, devînt propriétaire frauduleux de trente mille acres de terre, et que d’une source si pure naquît bientôt une noblesse titrée héréditaire. Ces sublimes conceptions ont toutes avorté. Les voleurs n’ont été ni enrichis ni ennoblis, ils ne sont que déshonorés. Leurs victimes n’ont pu avoir de routes, parce que les spéculateurs sur les terres publiques étaient aussi les spéculateurs sur le trésor public, et les scrupuleux surveillants du receveur général. Il en est résulté qu’entre les défalcations de celui-ci et les salaires de ceux-là, il ne resta rien pour faire des routes, ni rien pour faire administrer les lois anglaises. Le malheureux cultivateur américain, père de famille qui, par le travail commun de dix enfants, avait eu le rare bonheur de créer une belle ferme, est mort dans le désespoir, à la perspective que peut-être elle ne resterait pas, à sa mort, la propriété exclusive de l’aîné, selon l’admirable évangélique justice du droit anglais, sous la protection duquel il était venu se réfugier. Il avait vu des juges très anglais, et faits juges parce qu’ils étaient tels très-passionnément, ratifier des abominations françaises ; des élections de tutelle, faites d’après les formes décrétées par des rois de France ; des clôtures d’inventaire ; des actes notariés, et mille autre incongruités utiles et rationnelles, tout à fait étrangères aux précédents an-