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cette nationalité Franco-Canadienne est le premier de nos droits d’hommes et de citoyens, le plus imprescriptible de nos droits naturels. La première cause des nationalités de chaque peuple, c’est la langue maternelle. Que chacun de nous se demande comment est né, comment a grandi son amour de sa nationalité, il saura comment est né, combien est fort cet amour dans les cœurs et la volonté des 600,000 frères dont il est, dans le Bas-Canada, une unité. Il nous est inspiré, dès nos plus tendres années, par les premières leçons de nos pères, par les premiers mots que nous avons balbutiés : papa, patrie ; par la première page où nous avons épelé les mots Dieu, France, Canada. Ce n’était qu’un sentiment du cœur avant que nous ayons pu parler. Il s’est fortifié à mesure que notre raison s’est développée. Il a grandi avec nous tous les jours de notre existence : pendant nos jeux avec les amis de notre enfance ; pendant nos études commencées dans la langue maternelle, dès notre première jeunesse, et qui doivent se continuer jusqu’à notre extrême vieillesse ; avec nos premiers succès de jeune homme dans quelque carrière que nous soyons entrés, cléricale ou laïque ; avec les heureux engagements du mariage ; avec les joies et les douleurs, les jouissances ou les anxiétés, que nous donnent tour-à-tour la venue ou la perte, la santé ou la maladie, les succès ou les revers de nos enfants ; avec les grandes joies du petit nombre de jours où la cause de la patrie a eu quelques légers succès ; avec les douleurs déchirantes des jours plus nombreux de ses pleurs, si abondans, de son deuil si lugubre, que l’on peut dire d’elle aussi, « elle a perdu ses enfants, et ne peut être consolée, parce qu’ils ne sont plus ; » de son veuvage si douloureux que, quoique le respect pour ceux qui ont souffert pour elle, soit une dette et un culte qui leur sont dus, ils est mieux de le nourrir en nos cœurs et de n’en parler que rarement.

Il a grandi pour moi, cet amour du pays, avec toutes les fortes émotions que j’ai éprouvées. Il grandira avec toutes celles que j’éprouverai, jusqu’au moment suprême où la dernière pulsation de mon cœur sera pour la patrie et la nationalité franco-canadienne.