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formation des sociétés à un contrat, puisque l’idée même de contrat présuppose la vie sociale. — L’influence de l’idée de contrat est indéniable dans nos sociétés modernes (Encore est-elle combattue par certains penseurs, tels que par exemple Tolstoï). Mais dans tous les cas, l’influence de cette idée était nulle dans les sociétés primitives. — Dans les premières phases du développement des civilisations, comme le remarque Anton Menger, le contrat ne fut qu’une expression de la contrainte, et encore aujourd’hui que de contrats ne sont libres qu’en apparence et ne sont qu’un déguisement de l’oppression ! Quoi qu’il en soit, et quelle que soit aujourd’hui la valeur morale de la plupart des contrats, il est certain que l’idée de contrat n’est pas un point de départ, mais un produit ultérieur, qu’elle est non une cause, mais un effet de la vie sociale.

Le principe invoqué par M. Giddings est moins artificiel. C’est la Conscience d’Espèce. Ce fait consiste en ce qu’un être en reconnaît un autre comme étant de la même espèce que lui. Ce sentiment une fois donné pourrait devenir générateur de contrats et d’alliances.

On peut faire à cette théorie plusieurs objections. Qu’entend-on au juste par conscience d’espèce ? Si l’on entend par là la conscience de race, c’est-à-dire la conscience des similitudes physiologiques et ethniques, nous rappellerons que le facteur race nous a déjà paru insuffisant comme élément explicatif de la formation des sociétés.

Entend-on par là la conscience d’espèce proprement dite, c’est-à-dire la conscience de ce qu’il y a de commun à toute l’humanité, ce principe est trop général et trop vague pour pouvoir expliquer la formation de tel groupement particulier ou celle de telles formes sociales particulières.

Entend-on par là une entité moitié biologique moitié psychologique, analogue au Psychisme social de M. de