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une place intermédiaire entre les théories biologiques ou mécaniques d’une part et les théories psychologiques de l’autre. — En effet, dans son explication de la genèse des formes sociales, ce sociologue fait une part à la fois aux considérations mécaniques et aux considérations psychologiques. S’il explique la formation d’une société ou d’une forme sociale par les conditions extérieures de population (quantité, densité, homogénéité ou hétérogénéité), il tient compte aussi des effets psychologiques de ces influences mécaniques et il s’efforce de rattacher ces effets aux lois générales de la psychologie.

Toutefois, à y regarder de plus près, il nous semble que M. Bouglé finit par pencher du côté du mécanisme. Il subordonne au fond l’intérieur à l’extérieur. Il n’admet, semble-t-il, aucun facteur présocial ou suprasocial dont dépendent elles-mêmes les formations sociales. Il croit que les idées qui agissent dans une société tirent leur puissance non de leur valeur intrinsèque, mais de l’action favorable du milieu où elles se développent. — On peut se demander pourtant si certaines idées ne peuvent exercer une puissance par leur seule vertu logique, ou leur utilité vitale ou leur beauté morale. Les conditions extérieures de population sont une forme dans laquelle il faut introduire une matière. Cette matière ne peut être fournie que par le facteur économique ou le facteur psychologique, ou les deux à la fois.

Les théories sociales qui font appel à des facteurs proprement psychologiques sont les théories de Rousseau (le Contrat), de M. Giddings, de M. Tarde et de H. Mazel.

Nous n’insisterons pas longuement sur la théorie d’après laquelle la formation des sociétés serait le fruit d’un contrat intervenu entre les individus. — La réfutation topique et définitive de ce système est bien connue. On fait un cercle vicieux en attribuant la