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intellectuelle est marqué par la naïveté[1] ; ils ne pensent que par association. Ces hommes n’ont pas encore besoin de système dans leurs conceptions ; leur force intellectuelle est trop faible pour un tel effort.

Dans le troisième embranchement apparaît l’aptitude à systématiser et à unifier les idées. Les premières mythologies, théogonies, cosmologies, poèmes philosophiques apparaissent. Mais l’esprit humain n’est pas libre encore.

Dès la Renaissance et le XVIe siècle, le quatrième embranchement prend naissance. Il est caractérisé par la libre critique, l’attitude méthodique et scientifique envers le monde entier. Une morale humanitaire, des réformes sociales méthodiques et point spasmodiques, des progrès scientifiques réguliers sont l’effet nécessaire de ce développement de l’intelligence.

Après la classification de M. Steinmetz, nous pourrions mentionner plusieurs classifications psychologiques proposées par des sociologues contemporains. Ce genre de classification fondée sur les différences de mentalité des sociétés tend à prévaloir de plus en plus de nos jours, ce qui confirme ce que nous avons dit plus haut de l’orientation nettement psychologique que prend la Sociologie.

  1. Carlyle a marqué en traits d’une admirable poésie cette naïveté de l’intuition chez les premiers hommes : « L’homme se tenait nu devant le monde face à face ; tout était divin ou Dieu. Jean-Paul encore le trouve ainsi, le géant Jean-Paul qui a le pouvoir de s’échapper des oui-dire ; mais il n’y avait alors nuls oui-dire. Canope brillait d’en haut sur tout le désert avec sa splendeur bleue de diamant. Cette sauvage splendeur bleue pareille à un esprit (de beaucoup plus splendide que rien de ce que nous contemplons jamais ici-bas) perçait jusqu’au fond du cœur du sauvage Ismaélite qu’elle guidait à travers le désert solitaire. À son cœur sauvage qui contenait tous les sentiments, qui n’avait de parole pour aucun sentiment, elle pouvait sembler un petit œil, cette Canope, jetant sur lui son regard du sein de la grande et profonde Éternité, lui révélant l’intérieure splendeur… Tel est pour moi le secret de toutes les formes du Paganisme » (Carlyle, Le Héros et l’Héroïque dans l’Histoire, trad. Izoulet, p. 14).