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détermine ainsi des zones définies de civilisation. Ratzel insiste surtout sur l’influence du milieu géographique dans la formation de ces zones.

Les classifications psychologiques ont pour type la classification de Comte, qui croit pouvoir déduire tous les changements sociaux de la loi de développement des états successifs de l’esprit humain (loi des trois états). Cette conception est diamétralement opposée à celle de Marx, qui regarde le processus économique comme la base de tous les autres[1]. Au contraire, d’après Comte, la conception du monde, à un moment donné, met son empreinte sur tous les autres faits sociaux. M. Steinmetz se place aussi au point de vue psychologique pour classer les types sociaux. Il distingue les sociétés humaines en quatre embranchements, selon le caractère prédominant de leur vie intellectuelle.

Le premier embranchement est celui qu’on pourrait appeler en allemand celui des Urmenschen (hommes primitifs). « Il faut entendre par là des êtres qui ne pensent pas d’une manière bien différente des bêtes, qui ne se forment pas d’idées sur les choses inconnues, des matérialistes purs, des positivistes comme il n’y en a plus. Ce n’est pas la religion seule qui leur manque, mais aussi l’idée d’âme, d’esprit, de fétiches ; ils n’ont pas encore conçu l’animisme. Peut-être y a-t-il encore des traces de cette phase. En général, elle est préhistorique et par là hypothétique. Mais inévitablement elle doit avoir précédé la seconde » (Steinmetz). Le second embranchement est celui des sauvages ou des sociétés primitives. Le type dominant de leur vie

  1. Ce point de vue matérialiste est aussi développé par M. de Greef, d’après lequel les formes économiques soutiennent les formes familiales qui précèdent les formes artistiques et les institutions scientifiques ; au sommet de l’échelle apparaissent les formes sociales les plus complexes : morales, juridiques et politiques.