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La supériorité industrielle d’un peuple peut avoir à cet égard les mêmes effets que sa supériorité guerrière. C’est ainsi que de nos jours les peuples du Nord, sans tenter la conquête d’un territoire, condamnent les peuples du Midi à la décadence, en les obligeant à soutenir avec eux la concurrence industrielle. Les habitants du Midi ont ainsi à s’adapter à un état social qui n’est pas conforme à leur hérédité.

Nous avons passé en revue les principales causes de la décadence des sociétés[1].


  1. Remarquons que le déclin d’une société n’exclut nullement l’apparition dans cette société de belles et puissantes individualités. Le parti pris d’établir un parallélisme constant entre la conscience sociale et la conscience individuelle et de faire dépendre la seconde de la première a donné lieu à ce suranné thème de rhétorique qui consiste à dire que c’est seulement dans les sociétés florissantes et, comme on dit, dans les grands siècles que peuvent apparaître les grands penseurs et les grands artistes. Il convient de faire justice de cette sottise consacrée. « L’intelligence est personnelle, dit M. Rémy de Gourmont, et on ne peut établir aucun rapport raisonnable entre la puissance d’un peuple et le génie d’un homme. » Bien plus, ajouterons-nous, les conditions les plus mauvaises pour vivre sont parfois les meilleures pour penser et pour écrire.