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vidu se posera comme ce qu’il est en effet : la seule source de l’énergie, la seule mesure de l’idéal[1].

Nous dirons encore un mot d’une question importante, celle des rapports du Progrès et du Bonheur. Beaucoup de sociologues ont remarqué que la marche rapide du progrès dans les temps modernes (accroissement des connaissances et du bien-être) n’avait pas été accompagnée d’une augmentation aussi rapide du Bonheur humain. Le Progrès est accéléré ; le bonheur est stationnaire. Pourquoi ?

On peut invoquer, ce semble, deux raisons de ce fait, l’une générale et permanente, l’autre peut-être accidentelle.

La raison essentielle réside dans la constitution psychologique de l’homme. Cette constitution a voulu qu’en multipliant nos sensations, nous ayons multiplié simultanément nos besoins. Joignez à cela la limite physiologique de la sensibilité de nos organes qui ne peut être indéfiniment accrue et qui explique que le bonheur n’ait pas suivi le mouvement rapide du progrès.

M. Coste, qui a étudié ce problème[2] avec beaucoup de pénétration, remarque (cause accidentelle) que nous aurions pu peut-être tirer un meilleur parti des avantages acquis.

Cela est vrai. Nous avons, comme M. Coste s’en plaint, préféré aux vraies et solides jouissances du travail, de la sympathie naturelle, du développement libre de la Personnalité des jouissances fausses et énervantes, celles de la vanité, de l’ostentation, de la rage de briller.

  1. Le Progrès consiste au fond dans une prédominance de l’élément Initiative sur l’élément Imitation. M. Rémy de Gourmont a parfaitement raison quand il dit : « En dernière analyse, l’idée de décadence est identique à l’idée d’imitation » (Rémy de Gourmont, Mallarmé et l’idée de décadence, La Culture des Idées, p. 120).
  2. Coste, Les Conditions sociales du Bonheur et de la Force (Paris, F. Alcan).