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dernière définition. Elle est une loi d’évolution qui exprime l’orientation des énergies sociales dans un certain sens.

La loi de Différenciation peut être regardée comme une conséquence de la loi générale d’opposition. C’est parce que les cercles sociaux et les influences sociales s’opposent que, dans la vie sociale, les rapports sociaux se diversifient et se compliquent de plus en plus.

Cette loi avait déjà été formulée par J.-J. Rousseau : « Du tumulte des sociétés, dit Rousseau, naissent des multitudes de rapports nouveaux et souvent opposés, qui tiraillent en sens contraires ceux qui marchent avec ardeur dans la route sociale[1]. »

Simmel est un de ceux qui ont le plus insisté sur cette loi. D’après lui, « l’histoire multiplie le nombre des cercles sociaux, religieux, intellectuels, commerciaux, auxquels les individus appartiennent, et n’élève leur personnalité que sur l’implication croissante de ces cercles. Par suite, leur devoir n’est plus relativement simple, clair, unilatéral, comme au temps où l’individu ne faisait qu’un avec sa société.

« La différenciation croissante des éléments sociaux, la différenciation correspondante des éléments psychologiques dans la conscience, toutes les lois du développement parallèle des sociétés et des individus semblent bien plutôt devoir augmenter que diminuer le nombre et l’importance de ces conflits[2]. »

En partant de ce qui précède, on pourra distinguer deux espèces de différenciation : la différenciation externe et la différenciation interne.

La différenciation externe consiste dans la complication croissante des rapports sociaux qui enveloppent l’individu, la différenciation interne dans la complication croissante des sentiments, des idées et des

  1. Rousseau, Dialogues, dialogue II.
  2. Bouglé, Les Sciences sociales en Allemagne, p. 57.