Page:Palante - Précis de sociologie, 1901.djvu/115

Cette page a été validée par deux contributeurs.


sans sinuosités, semblent se refléter vaguement dans l’évolution des peuples… Et si l’on remonte à la source véritable de ces grands courants scientifiques et industriels, on la trouve dans chacun des cerveaux de génie, obscurs ou célèbres, qui ont ajouté une vérité nouvelle, un moyen d’action nouveau au legs séculaire de l’humanité et qui, par cet apport, ont rendu plus harmonieux les rapports des hommes, en développant la communion de leurs pensées et la collaboration de leurs efforts. »

Nous acceptons pour notre part l’interprétation individualiste que M. Tarde donne de l’évolution sociale. Car nous croyons avant tout à la valeur du facteur individu. Nous nous défions d’une évolution érigée en entité métaphysique indépendante des faits, antérieure et supérieure aux individus. — Beaucoup de philosophies sociales actuelles et en particulier celle de Marx n’ont pas évité cet écueil. Marx, raillant l’idéalisme français de Proudhon et ses appels à l’idée de la Providence, dit quelque part : « La Providence est la locomotive qui fait mieux marcher tout le bagage philosophique de M. Proudhon que sa raison pure et évaporée[1]. » Il faut reconnaître en effet que dans les philosophies hégélienne et marxiste, l’évolution constitue un moyen d’explication sociologique aussi commode, mais aussi superficiel que la Providence de Proudhon.


  1. K. Marx, Das Elend der Philosophie.