Page:Péguy - Les Mystères de Jeanne d’Arc, volume 2.djvu/202

Cette page n’a pas encore été corrigée


le porche

Il faudra qu'il traverse. Il faudra qu'il passe par toute

cette misérable vie terrestre Avant d'arriver, avant d'atteindre, pour atteindre à

la Vie A la seule vie qui compte. Mais le vieillard il a de la

chance. Prudent il a mis derrière lui cette misérable vie Qui lui masquait la Vie éternelle A présent il est débarrassé. Il a mis derrière lui ce qui

était devant. Il voit clair. Il est plein de vie. Entre la vie et lui il n'y

a plus rien. Il est au bord de la lumière. Il est sur le rivage même. Il est à plein. Il est au bord

de la vie éternelle. On a bien raison de dire que les vieillards sont prudents. Ainsi comme cette enfant avait raison de compter Que nous sommes comme elle. Que nous avons toute la vie devant nous. Nous l'avons autant qu'elle. Que lui importe De nous faire faire vingt fois le même trajet. Elle a raison. Ce qui importe (Et de nous faire aller vingt fois au même endroit Qui est généraleuient un endroit de déception Terrestre) ce qui importe Ce n'est pas d'aller ici ou là, ce n'est pas d'aller quelque

part D'arriver quelque part Terrestre. C'est d'aller, d'aller toujours, et (au contraire)

de ne pas arriver. C'est d'aller petitement dans la petite procession des

jours ordinaires,

194

�� �