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devint visible dans l’écume des flots. C’est la masse qui devrait engendrer de son propre sein ce qui est grand, l’ordre devrait naître du chaos ? On finit alors généralement par entonner l’hymne à la louange de la masse qui engendre. Et l’on appelle « grand » tout ce qui, pendant un certain temps, a remué la masse, tout ce qui a été, comme on dit, « une puissance historique ». Mais n’est-ce pas là confondre volontairement la quantité avec la qualité ? Quand une masse grossière a trouvé qu’une idée quelconque, par exemple une idée religieuse, était bien adéquate à elle-même, quand elle l’a défendue âprement et l’a traînée après elle pendant des siècles, alors, et alors seulement, l’inventeur et le créateur de cette idée sera considéré comme grand. Pourquoi donc ? Ce qu’il y a de plus noble et de plus sublime n’agit pas du tout sur les masses. Le succès historique du christianisme, sa puissance, son endurance, sa durée historique, tout cela ne démontre heureusement rien, pour ce qui en est de la grandeur de son fondateur et serait, en somme, plutôt fait pour être invoqué contre lui. Entre lui et ce succès historique, se trouve une couche obscure et très terrestre de puissance, d’erreur, de soif de passions et d’honneurs, se trouvent les forces de l’empire romain qui continuent leur action, une couche qui a procuré au christianisme son goût de la terre, son reste terrestre. Ces forces qui rendirent possible