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nous implantons en nous une nouvelle habitude, un nouvel instinct, une seconde nature, en sorte que la première nature dessèche et tombe. C’est un effort pour s’attribuer, en quelque sorte a posteriori, un passé d’où l’on aimerait bien tirer son origine, en opposition avec celui d’où l’on descend véritablement. Or cette tentative est toujours dangereuse, parce qu’il est difficile de fixer une limite à la négation du passé et parce que la seconde nature est la plupart du temps plus faible que la première. On s’en tient le plus souvent à reconnaître le bien sans le faire, parce que l’on connaît aussi ce qui est meilleur, sans être capable de le faire. Mais, de-ci de-là, on l’emporte malgré tout et il y a même pour ceux qui luttent, pour ceux qui se servent de l’histoire critique en vue de la vie, une consolation singulière : savoir que cette première nature fut, elle aussi, jadis, une seconde nature et que toute seconde nature victorieuse devient une première nature.

4.

Voilà les services que les études historiques peuvent rendre à la vie. Chaque homme, chaque peuple, selon ses fins, ses forces et ses nécessités, a besoin d’une certaine connaissance du passé, tantôt sous forme d’histoire monumentale, tantôt sous forme d’histoire antiquaire, tantôt sous forme