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moins favorisés, en leur donnant des goûts sédentaires, ce qui les empêche de chercher mieux à l’étranger, de rivaliser dans la lutte pour parvenir à ce mieux ? Parfois cela paraît être de l’entêtement et de la déraison qui visse en quelque sorte l’individu à tels compagnons et à tel entourage, à telles habitudes laborieuses, à tel stérile coteau. Mais c’est la déraison la plus salutaire, celle qui profite le plus à la collectivité. Chacun le sait, qui s’est rendu compte des terribles effets de l’esprit d’aventure, de la fièvre d’émigration, quand ils s’emparent de peuplades entières, chacun le sait, qui a vu de près un peuple ayant perdu la fidélité à son passé, abandonné à une chasse fiévreuse de la nouveauté, à une recherche perpétuelle des éléments étrangers. Le sentiment contraire, le plaisir que l’arbre prend à ses racines, le bonheur que l’on éprouve à ne pas se sentir né de l’arbitraire et du hasard, mais sorti d’un passé — héritier, floraison, fruit -, ce qui excuserait et justifierait même l’existence : c’est là ce que l’on appelle aujourd’hui, avec une certaine prédilection, le sens historique.

Il est vrai que cette condition n’est pas celle où l’homme serait le mieux doué pour réduire le passé en science pure, de sorte que nous percevons aussi ici ce que nous avons déjà remarqué en étudiant l’histoire monumentale, à savoir que le passé lui-même pâtit, tant que les études historiques sont au service de la vie et dominées par des