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Page:Nietzsche - Considérations inactuelles, I.djvu/139

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savoir que l’excès d’études historiques est nuisible aux vivants. L’histoire appartient au vivant sous trois rapports : elle lui appartient parce qu’il est actif et qu’il aspire ; parce qu’il conserve et qu’il vénère ; parce qu’il souffre et qu’il a besoin de délivrance. À cette trinité de rapports correspondent trois espèces d’histoire, s’il est permis de distinguer, dans l’étude de l’histoire, un point de vue monumental, un point de vue antiquaire et un point de vue critique.

L’histoire appartient avant tout à l’actif et au puissant, à celui qui participe à une grande lutte et qui, ayant besoin de maîtres, d’exemples, de consolateurs, ne saurait les trouver parmi ses compagnons et dans le présent. C’est ainsi que l’histoire appartient à Schiller, car, disait Goethe, notre temps est si mauvais que le poète, dans la vie humaine qui l’entoure, ne rencontre plus de nature qu’il puisse utiliser. Faisant allusion aux hommes actifs, Polybe appelle, par exemple, l’histoire politique la véritable préparation au gouvernement d’un État et le meilleur enseignement qui, en nous faisant souvenir des malheurs des autres, nous exhorte à supporter avec fermeté les alternatives de la chance. Celui qui a appris à interpréter ainsi le sens de l’histoire doit s’attrister de voir des voyageurs indiscrets ou de minutieux micrologues sur les pyramides d’un passé auguste. Sur les lieux qui l’incitent à suivre un exemple ou à faire mieux, il ne souhaite pas de