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Page:Nietzsche - Considérations Inactuelles, II.djvu/277

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condamnation de soi et le mépris de soi chez celui qui l’a inventé…

C’est, en fin de compte, une question de force : cet art romantique tout entier pourrait être transformé, par un artiste abondant et maître de sa volonté, en son contraire, en un art anti-romantique, ou bien — pour employer ma formule — en un art dionysien ; de même que toute espèce de pessimisme et de nihilisme, dans la main du plus fort, ne devient qu’un marteau et un instrument de plus, au moyen desquels s’édifie un nouveau degré vers le bonheur.

Je reconnais d’un seul regard que Wagner, s’il a atteint son but, l’a fait de la même façon que Napoléon a atteint Moscou. À chaque étape il avait perdu tant de choses qui n’étaient pas remplaçables qu’à la fin de la marche et au moment de la victoire apparente le sort était déjà décidé. Les derniers vers de Brunehilde (deuxième variante) sont désastreux[1]. C’est ainsi que Napoléon parvint à Moscou, Richard Wagner à Bayreuth.

Il ne faut jamais s’allier à une puissance maladive qui est vaincue d’avance !

Que n’ai-je eu davantage confiance en moi-même !

L’incapacité de Wagner à marcher m’a toujours fait de la peine (plus encore son incapacité à danser — et sans la danse il n’y a pour moi ni élévation, ni félicité).

La revendication des passions complètes est révélatrice : celui qui en est capable appelle le charme du contraire, je veux dire du scepticisme.

5.

J’ai aimé et vénéré Richard Wagner plus qu’il ne le fut

  1. Nietzsche cite ces vers des Nibelungen qui lui semblaient particulièrement caractéristiques dans un aphorisme sur la religion qui porte le n° 743, au XIIe volume de ses Œuvres complètes (Œuvres posthumes contemporaines de la Volonté de Puissance).