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cieuses, exubérantes, trop juvéniles, — je ne veux du moins pas l’examiner ici, dans ses détails, pour déterminer jusqu’à quel point ce fut vrai ou faux. En admettant cependant que je me fusse alors trompé, mon erreur ne constituerait un déshonneur ni pour ceux que j’ai nommés, ni pour moi-même. C’est quelque chose de se tromper ainsi ; c’est quelque chose aussi d’induire à ce point en erreur quelqu’un de mon espèce ; ce fut, de toute façon, pour moi un inappréciable bienfait, lorsque je décidai de peindre « le philosophe » et « l’artiste », qui sont en quelque sorte mon propre « impératif catégorique », de ne pas utiliser mes couleurs nouvelles pour quelque chose d’imaginaire, mais de pouvoir poser mes touches en quelque sorte sur un dessin préparé d’avance. Sans le savoir, je ne priai que pour moi et au fond seulement de moi-même. Cependant, tout ce que j’ai alors vécu, j’y vis pour une catégorie particulière d’hommes des expériences typiques qu’il me parut être mon devoir d’exprimer. Et celui qui lit ces écrits, d’une âme jeune et fougueuse, devinera peut-être les vœux difficiles par lesquels je m’engageai alors pour la vie, par lesquels je me décidai à vivre ma vie ; puisse-t-il être du petit nombre de ceux qui ont le droit de s’engager dans une voie semblable et de faire des vœux identiques !

3.

Il y eut une époque où, secrètement, je commençai à rire de Richard Wagner ; ce fut au moment où il se préparait à jouer son dernier rôle pour se présenter devant ces bons Allemands avec les attitudes d’un faiseur de miracles, d’un sauveur, d’un prophète et même d’un philosophe. Et comme je n’avais pas encore cessé de l’aimer, mon propre rire me mordit au cœur, ainsi qu’il arrive à chacun de ceux qui se séparent de leur maître pour trouver enfin, leur propre chemin. C’est vers cette époque que fut écrite l’étude un peu vive qu’on lira plus loin et dont il me semble que bien des jeunes Allemands