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comédien dans sa propre vie. En tant qu’écrivain il est rhéteur, sans la force de persuader.

46.

Dans son évaluation des grands musiciens, il emploie des expressions trop fortes, c’est ainsi qu’il appelle par exemple Beethoven un saint. Présenter l’adjonction des paroles dans la Neuvième Symphonie comme une action capitale, il faut avouer que c’est un peu fort ! Il éveille la méfiance par ses éloges aussi bien que par ses critiques. Le gracieux et l’agréable aussi bien que la beauté pure, le reflet d’une âme parfaitement équilibrée lui échappent, aussi cherche-t-il à les déprécier.

47.

Placer Shakespeare et Beethoven côte à côte, c’est là l’idée la plus audacieuse, la plus folle que l’on puisse imaginer.

48.

Wagner, en tant qu’écrivain, ne reproduit pas l’image fidèle de ce qu’il est véritablement. Il ne sait pas composer : l’ensemble ne prend pas de relief, dans les détails il fait des digressions, il est obscur, il n’est pas insouciant et supérieur. Il est dépourvu d’une sereine arrogance. Tout ce qui est agréable et gracieux lui fait défaut et aussi la précision dialectique.

49.

Une forme particulière de l’orgueil de Wagner ce fut de se comparer aux grands hommes du passé : à Schiller, à Gœthe, à Beethoven, à Luther, à la tragédie grecque, à Shakespeare, à Bismarck. C’est seulement avec l’époque de la Renaissance qu’il n’a pas trouvé de terme de comparaison ; mais il a inventé l’esprit allemand par opposition avec l’esprit latin. Il y aurait une intéressante caractéristique de l’esprit allemand à faire d’après son modèle.