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Page:Nietzsche - Considérations Inactuelles, II.djvu/254

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courage et s’affermir par la foi en Dieu. Il ne croit pas être dans la main d’un être de bonté, mais il croit en lui-même. Personne n’est plus tout à fait honnête vis-à-vis de soi-même quand il n’a foi qu’en soi. Wagner met de côté toutes ses faiblesses par le fait qu’il les met au compte de notre époque et de ses adversaires.

34.

Il se décharge de ses faiblesses par le fait qu’il les met au compte des temps modernes. Il a une foi naturelle en la bonté de la nature lorsque celle-ci agit librement.

Il évalue tout, l’État, la société, la vertu à la mesure de son art, et, se trouvant dans un état de mécontentement, il souhaite que le monde soit anéanti.

Se débarrassant des remords et des torts, parce qu’il se sent grandir, sans cesse, il oublie vite l’injustice ; élevé sur un degré nouveau, celle-ci lui apparaît déjà de mince importance, comme si elle était cicatrisée. Il sait se consoler de tout, comme Schopenhauer.

35.

La faculté artistique ennoblit l’instinct effréné et lui impose des limites, le concentre (vers le désir de rendre l’œuvre aussi parfaite). C’est ce pouvoir qui ennoblit tout la nature de Wagner. Toujours il se dresse vers des buts plus élevés, aussi élevés qu’il peut les apercevoir ; ces buts deviennent toujours meilleurs et enfin ils apparaissent de plus en plus déterminés et par cela même plus près. C’est ainsi que le Wagner actuel ne semble plus correspondre au Wagner d’Opéra et Drame, socialiste ; le but d’autrefois paraît plus noble, mais il est seulement plus lointain et plus indéterminé. Sa conception actuelle de l’univers, de l’Allemagne, etc., est plus profonde, bien qu’elle soit d’essence plus conservatrice.